Utilité d’une politique disciplinaire

En résumé, la définition d’une stratégie générale passe par la définition de seuils de qualité et de quantité de travail pour chaque poste.

Pour faire respecter les seuils considérés comme nécessaires pour un bon fonctionnement de la stratégie générale, on n’a pas trouvé mieux que les sanctions et leur pendant symétrique, les gratifications. Les sanctions ont cependant leurs limites d’efficacité parce qu’un excès de sanctions infligées à un collectif de travail a le défaut de démotiver et de générer de l’inquiétude.

La discipline n’a pas très bonne réputation. Le concept est volontiers relié à une préhistoire de la gestion du personnel et les chefs d’entreprise n’aiment pas évoquer ce sujet. Cependant, ce n’est un élément dépassé de la gestion du personnel que dans une vision administrative de manifestation du pouvoir de l’employeur. Dans une vision plus stratégique, elle reste un instrument efficace. Le bon fonctionnement d’une stratégie implique en effet un certain nombre d’obligations qui pèsent sur les salariés. Ils n’ont pas tous envie de le comprendre et de l’admettre. Du moins s’il existe une communication claire sur les besoins des postes de travail, la discipline reste dans une logique de sanction d’une contribution négative ou insuffisante.

On peut rappeler ce qu’en pensent les militaires depuis des siècles. Quelle que soit la particularité de cette activité, elle pose des problèmes de gestion des soldats semblables à la gestion du personnel. Une synthèse pertinente avait été émise dès le 5e siècle avant Jésus-Christ par Sun Tzu dans son ouvrage L’art de la guerre, lu et repris notamment par des spécialistes du management (Nurdin, 2012). Pour lui, l’entente des hommes est primordiale et il faut « animer les rangs d’un même esprit » ; il faut ce qu’il appelle une « moralité » qu’il définit comme un accord pour réaliser un même but. Une communication doit être mise en place, du haut en bas de la hiérarchie pour réaliser une coordination vers le but choisi. De plus, discipline et rigueur sont de mise, notamment pour assurer la réalisation du but. Mais cela n’empêche pas la bienveillance et des récompenses pour s’assurer de la reconnaissance des soldats, qui ne sont ainsi pas démotivés par une autorité quasi mécanique.
En résumé, depuis vingt cinq siècles au moins, il est admis que dans une activité concurrentielle (cas de la guerre entre deux armées), il est important de définir des objectifs et de prendre des dispositions pour s’y tenir, avec de la communication mais aussi des sanctions. Il est également important de fidéliser ses troupes (ou ses salariés), notamment par au moins un peu de bienveillance lorsqu’il n’y a pas atteinte grave au but poursuivi, et en prévoyant des récompenses en cas de réussite de l’objectif défini. L’utilité et le rôle de la discipline sont ainsi reconnus depuis plus de deux mille ans.

Extrait de « Pilotage des ressources humaines en PME », éd. L’Harmattan