Législation laïque et religion

Le facteur religion, même dans une société officiellement laïque (une exception dans une continuité historique), est un facteur pour le moins culturel, générant des habitudes de comportements et des interdits.

Un minimum de repères dans les religions de ses salariés serait prudent.

Et la religion des salariés peut engendrer des difficultés, en particulier (mais pas seulement) si elle passe par une pratique personnelle rigide ou extrémiste.
Il est cité ici le cas récurrent du Ramadan et les interrogations RH liées à cette période. Par exemple (grand classique) : « Un salarié qui observe le Ramadan peut-il décliner un repas d’affaires qui fait partie de son travail et de ses obligations ? »

Des revues sérieuses, qui disent parfois s’intéresser à l’aspect RH, donnent dans ce cas-là une vision uniquement juridique de la difficulté, savamment étayée par des citations exhaustives des textes et de la jurisprudence. Sans aller jusque là, on peut facilement conclure que le salarié a évidemment tort sur un terrain juridique et contractuel. S’il s’agit d’un commercial médiocre, il est offert à l’employeur une possibilité de licenciement sans risque (si du moins il y a déjà eu au minimum une sanction préalable). S’il s’agit d’un bon commercial, l’employeur se retrouve coincé entre l’envie de le garder et son appréhension à créer un passe-droit sans doute mal accepté par les autres commerciaux. La démarche est cependant une analyse monolithique volontairement ignorante face à des contraintes normatives certes extérieures mais fortes. Elle enlève ainsi toute possibilité de dialogue et ne laisse comme seules opportunités que le conflit ou la sanction. En s’adressant aux responsables d’une mosquée locale (oui, ils répondent au téléphone et donnent volontiers une adresse électronique), on obtient ce genre d’explication beaucoup plus constructive :

À mon sens, le tort est partagé entre une laïcité intolérante et un salarié qui n'a pas compris l'esprit de sa religion et que les obligations ne sont pas là pour lui rendre la vie impossible, mais là pour l'aider à cheminer vers Dieu. Dieu est là pour nous faciliter les choses, pas pour les compliquer. Un principe canonique islamique autour duquel tous les savants musulmans sont unanimes dit : la nécessité fait loi.
Le responsable d'une mosquée

La laïcité est en principe une tolérance des opinions et non une ignorance, par ailleurs source d’inutiles complications. Il est dommage que cette évidence ne soit pas mieux partagée. Ici, la réponse de la mosquée locale est une excellente opportunité de dialogue et de suppression du conflit. Encore faut-il avoir le réflexe (qui devrait être banal) de s’informer. Les religions dans leur ensemble visent à un éveil spirituel et non à rendre difficile ou impossible la gestion du quotidien. Sauf le cas marginal d’extrémistes qui vont plus ou moins volontairement au conflit, un dialogue est a priori possible (après information).

Concernant l’Islam en France, la réalité statistique est que 90 à 95 % des musulmans sont conscients que la pérennisation de leur religion, et son intégration dans la société française, passent par les inconvénients mais aussi les avantages de la laïcité. L’intégration de leur pratique religieuse dans les contraintes d’une société française laïque est en conséquence pour eux un thème majeur de recherche de solutions acceptables sur un terrain théologique. Et ils trouvent des solutions acceptables aux yeux d’une grande majorité de musulmans : la théologie musulmane, historiquement conçue comme adaptative, est assez complexe pour y arriver. Et ils vivent comme un avantage de pouvoir construire assez librement des mosquées, certes avec leurs deniers personnels. À titre informatif, le don annuel moyen d’un pratiquant musulman sur la communauté urbaine de Bordeaux est d’environ 200 euros (source personnelle à l’occasion d’une mission judiciaire). Et cette moyenne monte lorsqu’un projet de nouvelle mosquée est sur le point d’aboutir. C’est suffisant pour assurer une croissance régulière des lieux de culte sans fonds publics. Les Israélites et d’autres emploient sensiblement la même recette.

Extrait de « Pilotage des ressources humaines en PME », éd. L’Harmattan